Activation artistique

Horizome se positionne comme un laboratoire permanent d’expérimentations artistiques où créer collectivement dans l’espace public et transformer les représentations du quartier.

CHEMINS DE L'ART

Expérimentations en commun

Des temps de création partagés qui se déploient dans le temps long

Pour favoriser le partage d’expériences artistiques, Horizome déploie des propositions dans des temporalités, des lieux et des contextes variés, de manière à croiser la route des habitant·es et usager·es de la ville.

Chaque année depuis sa création, Horizome accueille un·e artiste ou collectif en résidence au sein des locaux de l’association. Il s’agit ainsi de favoriser l’ouverture vers le champ artistique, la recherche et la création de temps d’expression dans le quartier de Hautepierre. Les résidences ont lieu dans l’espace public et sont des moments qui favorisent l’échange entre les différents acteurs du territoire : l’artiste, les habitant·es, les partenaires, les chercheur·euses, le collectif….

En complément, le collectif Horizome propose un volet axé sur la transmission des pratiques artistiques liées au projet de média de quartier et à la création sonore, permettant de croiser les expertises et les envies. On y retrouve notamment une web radio et un studio d’enregistrement.

RÉSIDENCES ARTISTIQUES PARTICIPATIVES

Les résidences annuelles qu’accueille Horizome font la part belle à la rencontre et au processus. Généralement d’une durée de deux mois, elles se déroulent sur la période estivale et se tiennent en majorité dans l’espace public, afin de favoriser les dynamiques de co-création avec les habitant·es et l’intégration quartier de Hautepierre comme matière et comme structure des créations.

2025 · Elisa Sanchez

Après on joue à cache cache ?

Elisa Sanchez est est artiste-astronaute. Sa pratique (performance, texte, installation, textile, vidéo) cherche à construire des narrations hybrides pour imaginer des futurs désirables. Les histoires qu’elle raconte sont peuplées de fougères attentives, d’astronautes lesbiennes et de vaches rebelles. Avec humour, elle interroge nos manières de faire monde, avec une approche poétique, écologique et engagée.

Diplômée de la HEAR (2021) après avoir participé au programme de recherche « Création et mondialisation » à Shanghai (2019), elle a exposé en France et à l’international (VRAL Milan, Casino Luxembourg, HEK…). Elle a publié Le Cowboy et l’Astronaute et divers textes. Elle est résidente au Bastion XIV.

À partir d’un projet d’enquête participative sur le rapport de chacun·e au travail et à l’argent, Elisa Sanchez parvient après deux mois de résidence à la publication d’un recueil collectif avec une quinzaine d’enfants de 5 à 11 ans intitulé « Après on joue à cache-cache ? ». Car c’est l’été et les enfants sont en vacances. Ravis de voir l’artiste s’attabler chaque jour ou presque au pied de leurs immeubles, ils nouent une relation de confiance avec elle et jouent le jeu des questions / réponses à son micro… en échange de quelques dessins, parties de Monopoly et surtout de cache-cache.

Cette résidence s’inscrit dans le cadre de l’été culturel 2025 et a bénéficié du soutien de Scènes et Territoires et de la DRAC Grand Est dans le cadre du dispositif Jeunes Estivants.

Drawing Bizarre Adventure

Bios

« Drawing bizarre adventure » est un club de dessin manga initié par Imane Lhuillier, habitante de Hautepierre, et un groupe de jeunes dessinateur·ices, en compagnonnage avec l’artiste Agathe Saladin. Au fil d’une dizaine d’ateliers et de temps de rencontres, les histoires et les dessins surgissent, et un projet de micro-édition se met en place.

Broderie urbaine cartographique

Aurore Lhuillier est brodeuse à l’aiguille et anime des ateliers dans le milieu associatif et dans son atelier. Elle a fondé sa micro-entreprise, Brod’zel, en 2024. Aurore vit et travaille à Hautepierre et c’est principalement dans le quartier qu’elle présente ses créations et enseigne la broderie. 

Les deux artistes ont proposé de tisser du lien  autour d’une cartographie participative brodée du quartier de Hautepierre : leur atelier mobile, à travers les mailles, a permis à de nombreux·ses participant·es de découvrir et ajouter leurs points à ce projet collectif.

Café ça beigne

Cécile Espinasse, illustratrice engagée, explore l’inconnu en s’immergeant dans des milieux variés tels que des maisons de retraite et des entreprises de réinsertion. En co-création avec les personnes rencontrées, elle cherche à réenchanter le quotidien. Ses outils artistiques, gravure et illustration, captent la réalité de manière non verbale, tandis que la cuisine devient un moyen de tisser des liens sociaux et de remettre en question les habitudes. 

Marie Storup est diplômée de l’atelier de scénographie à l’ENSAD de Strasbourg, elle perfectionne ses compétences en serrurerie et menuiserie à Barcelone avec la compagnie Antigua i Barbuda. De retour à Strasbourg, elle conçoit des espaces et accessoires pour le théâtre, la musique, les
festivals et les expositions. En 2021, elle obtient son CAP cuisine en candidat libre, explorant la cuisine festive populaire.

Ce projet artistique, centré sur le café et la marmite comme espaces de convivialité et de rencontre, a exploré la diversité et l’universalité des beignets. Les recettes variées, partageant des ingrédients de base communs, ont révélé une richesse infinie de déclinaisons, transcendant les frontières nationales et familiales. Inspirées par l’absence de cafés à Hautepierre (en dehors
du centre commercial), les initiatrices ont créé un café itinérant (construit par Zoé Bouchicot), ancré au cœur d’Hautepierre.

Proposant café, infusion maison, et beignets en échange d’une recette, d’une histoire, ou d’un dessin, le projet a encouragé la rencontre, le partage d’ingrédients, de souvenirs et d’énergie. Après la dégustation, l’atelier Kitchen-litho a permis aux participant·es de laisser leurs traces en utilisant un procédé de gravure avec gras et vinaigre. L’emballage des beignets a aussi été pensé comme vecteur de communication : chaque participant·e était invité·e à laisser un mot sur ce qui lui donne de l’énergie, ou ce a quoi il la dépense sur une face caché d’un emballage, et pouvait à son tour découvrir ce qu’un·e précédent·e participant·e avait inscrit sur l’emballage contenant son propre beignet. Les images et les mots collectés ont permis de créer une édition mêlant recettes de beignets, histoires vécues ou inventées, et illustrations aux doigts gras, et une exposition en collaboration avec les habitant·es participant·es. Ce projet a fusionné cuisine, art et communauté, laissant des traces durables d’expériences partagées.

Utopia

Arielle Grasser est designer. Après avoir obtenu une licence en design graphique à la HEAR, Haute École des Arts du Rhin de Mulhouse, elle a entrepris un master à la haute école d’art et de design de Genève (HEAD – Genève) en Suisse.

Sa pratique porte principalement sur la mise en scène d’espaces, d’installations ainsi que le design d’objets véhiculant histoires et narrations. Après ses études, elle a travaillé dans différents studios
de design à Londres durant 3 ans.

Parallèlement à ces activités elle a également eu la chance de pouvoir participer à des résidences d’artistes
et concevoir ses propres projets.

Dans ce projet, Arielle a cherché à découvrir auprès des habitant·es de Hautepierre ce qui se cache derrière les espaces, les mailles, quelles sont les projections des habitant·es sur ces espaces, les mémoires, les rêves, les fantasmes, et les imaginaires. Il s’est agi de saisir les spécificités du territoire et de tenter une représentation du quartier de l’ordre du sensible. 

Jeux narratifs

L’été, l’artiste a pu organiser des petits ateliers avec des partenaires du quartier. Elle a proposé un jeu narratif avec des cartes et des planètes visant à libérer l’imagination et parler d’une manière détournée du quartier. Une carte principale comporte les caractéristiques de la planète et un ensemble d’autres cartes comporte la liste de choses à imaginer.

Un deuxième jeu narratif a été proposé pour intégrer les mailles illustrées sous forme d’îles. 

Ateliers individuels

À la suite des ateliers en groupe, l’artiste a partagé des moments de création individuels et personnalisés. Cela a été le cas avec Abdel, âgé de 10 ans. Le médium du rap et de la vidéo s’est imposé de lui-même. Abdel est venu passer plusieurs après-midis au tiers-lieu. Arielle l’a aidé à écrire un morceau sur sa vision et son imaginaire sur son quartier et sur les mailles, qu’il a pu enregistrer dans le studio La Ruche. 

Casting Histoires de Hautepierre

À travers ce casting, l’artiste a souhaité rencontrer de nouvelles personnes dans le quartier et les encourager à participer à un projet artistique.

Ce dispositif visait à créer un support d’expression pour que les habitant·es puissent révéler leurs talents, leurs imaginaires, raconter des histoires,
ou tout simplement prendre la parole.

L’artiste a travaillé en collaboration avec Abdou Ndiaye et Mikail Baba, scénaristes et vidéastes, tous deux résidents de Hautepierre. 

Triptyque resid (1)
Triptyque resid (2)
Triptyque (1)

Hautepierre Iwagakure

« Mon travail passe de la conceptualisation des images aux complexités de l’illustration et découle de nombreux entre-deux dans lesquels j’ai évolué. J’ai grandi sur la French Riviera, une histoire d’amour de part la magnificence de ses décors mais aussi une histoire de haine de part la politique de surveillance mise en place. Métissage et adoption m’ont amenée aux notions de dualismes : ceux que renvoie l’autre et ceux dans lesquels je me suis construite. Adolescente, je baigne dans l’atmosphère discriminatoire de ma ville natale, et réfugie ma quête identitaire dans les nouvelles possibilités d’internet : imprégnée entre autres du boom culturel japonais arrivé par la toile, les questions d’identification m’intéressent, qu’elles soient dans le monde physique ou virtuel. Ces moments où les deux réalités se côtoient sont une faille sur laquelle je prend du recul pour penser mon positionnement, adoptant ainsi une démarche entre chronique et anticipation de nos mondes. Si il y a une imagerie internet, elle est ma source visuelle, sa construction sociale, un regard sur nos sociétés. »

Le projet artistique « Iwagakure », porté par Manon Ficuciello, décline un ensemble de productions transmédias mettant en lumière l’urgence de représentation et mémoire des habitant·es de la maille Éléonore. Un travail d’immersion a été fait en période estivale en bas des blocs, où les réalités de l’urbanisme se révèlent au fur et à mesure des rencontres, malgré les promesses d’une rénovation encore absente.

Iwagakure cherche à révéler ce que la pierre urbanisante et politique vient dissimuler dans les quartiers populaires. Le nom du projet est issu d’un village ninja dans l’univers du manga Naruto, « iwagakure no satô » ou « le village dissimulé par les roches ». La pop culture devient pour l’artiste un moyen d’ancrage dans l’espace et les cercles de discussions, mais aussi révélatrice de la carence de représentation des populations minoritaires en France.

Braves HTP 40 · 2020

Johanna Rocard est née 1985 à Versailles.

Sa passion pour l’expression du corps et la gestuelle s’est affirmée avec la pratique de la danse contemporaine au lycée. S’en est suivi un apprentissage effectué au Conservatoire. 

Mais l’artiste a voulu associer sa passion artistique avec une dimension plus sociale, en faisant un DUT en intervention socio-culturelle. Par la suite, elle continuera sa formation dans les arts-plastiques tout au long de son cursus universitaire. Ses formations lui ont donc octroyé une triple « menace » : la danse, les arts-plastiques et l’intervention sociale.

Ce projet artistique est dans un processus de recherche-création où le domaine artistique entre en articulation avec le domaine sociale. L’artiste s’est fortement inspirée de la Grande folie de Strasbourg, cette épidémie dansante qui a eu lieu en 1518. L’objectif était de saisir l’articulation, tout au long du projet, qui se trouve dans les relations qu’entretiennent nos corps à la notion de courage dans les moments de crises et de transitions. 

La finalité de ce projet illustrant le courage est de créer  un dancefloor pour temps de crises à Hautepierre, où tous·tes peuvent danser ensemble.

Le contexte de pandémie et de crise dans lequel s’est déroulé la résidence a eu une forte importance. L’artiste a voulu mettre en évidence la relation du corps avec la notion de courage dans de tels moments, en dehors de toutes barrières sociales.

« Plus qu’une simple fête, le projet est une invitation à faire revivre des groupes de citoyens hétérogènes, rassemblés pour déjouer, de manière heureuse, les forces obscures propres au temps de crises. Au carrefour de la performance, du rituel collectif et du temps festif, le projet est avant tout un espace dédié à la complicité, où se mêlent entente secrète collective, subversion et jeu entre humain·es, espaces physiques, politiques et poétiques »

Méga Lumen

La Compagnie Placement Libre est formée de David Séchaud, diplômé de la HEAR, dont le travail se caractérise par un questionnement du rapport entre l’objet et la scène et l’espace, et de Maëlle Payonne, diplômée de l’École des arts du cirque de Toulouse, qui s’intéresse tout particulièrement aux jeux de lumières dans ses créations.

La compagnie propose une redéfinition du théâtre par la mise en avant de la scénographie. Sur la scène, c’est le processus théâtrale qui est lui-même spectacle. Les matériaux présents, l’équipement, l’éclairage les improvisations et les risques pris font de la pièce une aventure tant que pour les spectateur·ices que pour les acteur·ices, tous·tes devenant par là, ensemble, performeur·euses.

La Compagnie Placement libre a posé ses valises à Hautepierre de juillet à septembre 2019 pour mener à bien son projet. Elle a commencé par la visite des différentes mailles de nuit pour découvrir leur luminescence, une brouette lumineuse en guise de luciole qui a su attirer petit à petit la curiosité des habitants la croisant. 

C’est la maille Brigitte qui a été choisie pour accueillir la représentation finale, pour l’hétérogénéité de ses éclairages. Une fois le choix de la maille fait, les habitants et la Compagnie Placement libre ont travaillé ensemble sur les décorations des éclairages afin de leur donner vie. Les revêtements d’éclairages se sont vus accompagnés de sons par le biais d’histoires créées par les enfants du quartier autour de leur façon de penser, ressentir et vivre la nuit.

Autres photos résidence (2)

Mega Lumen est la réappropriation habitante de l’éclairage urbain. Les éclairages, perçus comme intouchables, ont été dotés de caractéristiques symboliques, esthétiques. S’est ainsi jouée une véritable co-création, où chacun·e, habitant·e et artiste, a pu laisser libre cours à sa propre créativité sans critère d’exigence imposé.

« Pour explorer la complexité du rôle de la lumière dans une ville ; pour questionner la différence entre ce que l’on voit, ce que l’on regarde, ce que l’on donne à voir et ce qu’on s’autorise à regarder, il paraît intéressant de proposer une approche créative et festive de l’éclairage du quartier de Hautepierre. »

D'un alphabet à l'autre

Ayman Hazzouri est né en 1977, en Syrie. Il vit et travaille en France. En 2000, il est diplômé de la faculté des Beaux-Arts à l’université de Damas. En 2008, il obtient un Master 2, puis en 2013 un PhD en arts visuels à l’université des Arts de Strasbourg. Ayman a participé à de nombreuses expositions en Syrie et en France. Certains de ses travaux ont été acquis par le ministère de la culture en Syrie, et également dans le cadre de collections privées.

L’artiste a commencé sa résidence à Hautepierre en août 2017 avec des activités nomades. D’une maille à l’autre, il a rencontré les habitants et les a invité à participer. Son périple a commencé par la maille Brigitte, puis Catherine, Karine et enfin Éléonore. Il a installé son atelier dans des lieux de passage, tous les jours de 15h à 19h, dans l’optique de créer du lien social avec et entre les habitants. Ces ateliers nomades se sont basés sur trois activités artistiques :

La peinture. Ayman a proposé aux participants de travailler sur des alphabets du monde en traçant des lettres sur différents supports planche en bois, toile, carton, papier avec de la peinture acrylique.

La calligraphie. C’est un voyage dans le temps pour découvrir la technique traditionnelle de l’écriture avec un “calame” (roseau) et de l’encre. Le principe est d’effectuer des exercices de calligraphie avec ces outils traditionnels en répétant des lettres.

Le marbling ou papier marbré. Cette technique traditionnelle repose sur le fait d’emplir un bac d’eau et d’y ajouter un agent actif pour permettre à la peinture de flotter à la surface. Les effets et les formes s’impriment sur le papier en donnant des motifs de marbre.

Uphonies (U/FO/NI)

Romain Barthélémy a été formé en composition musicale classique et contemporaine (Conservatoire Massenet, NUIM), puis en design sonore (ESBAM-IRCAM). Il travaille dans les domaines de la scénographie sonore, de l’art numérique et du design sonore industriel. Il est collaborateur régulier de l’agence Laps et membre fondateur du collectif AAIO.

Compositions linéaires, installations sonores spatialisées, interfaces numériques : son double parcours en composition musicale et design sonore l’amène à créer des univers sonores pour différents supports.

Uphonies (U/FO/NI) est un dispositif interactif qui permet de voyager dans les utopies sonores du quartier de Hautepierre. Le projet s’intéresse à l’ordinaire sonore, aux sons du quotidien que l’on entend sans écouter, que l’on produit sans prêter attention, et qui révèlent pourtant la vie d’un quartier. Il s’est incarné dans une installation interactive où, tournant la roue du temps, le visiteur part à la découverte des bribes sonores du siècle à venir. Il ouvre ainsi des brèches, des failles, vers les futurs sonores possibles de son quartier.

Tout au long de la résidence, des ateliers participatifs dans l’espace public ont été organisés avec les enfants de Hautepierre. Pendant les journées de la tournée des mailles, à Catherine, Karine, Jacqueline ou Éléonore, pendant l’événement Arachnima, ou bien en déambulation libre dans la maille Brigitte, ils ont pu écouter, enregistrer, commenter leur environnement sonore, chasser les sons à l’aide d’enregistreurs numériques, ou encore jouer à un jeu d’anticipation sonore conçu spécialement pour la résidence. Ils ont ainsi pu imaginer des transformations à venir du paysage sonore.

« Cette résidence m’a permis de tester pas mal de choses. Créer cette installation numérique sonore, en faisant participer les habitant·es, a été très enrichissant. En tant que designer sonore, je travaille sur les audioguides des musées par exemple, mais ce genre d'expérience collaborative était une première pour moi. »

Hautepierre s'imagine

Nicolas Pasquereau est artiste, designer graphique et enseignant. Sa pratique se traduit par différentes productions en lien avec l’image à l’instar d’affiches, photographies, éditions, applications, vidéos, installations ou blog.

Pierrick Albert est architecte de formation. Parallèlement à son travail au sein d’une agence, il a participé à la naissance du « glif », une association pluridisciplinaire dédiée à l’ingénierie de projets culturels et sociaux.

Après avoir passé l’été à Hautepierre, les artistes Pierrick et Nicolas ont présenté « Hautepierre s’imagine », une œuvre plastique, sonore et numérique. Explorant imaginations passée et future, sondant la mémoire photographique du quartier, le travail des artistes a donné lieu à une suite de sérigraphies et une installation sonore inspirée par le récit de hautepierrois. Leur problématique a été accompagnée d’une démarche où l’habitant·e a une place centrale dans la réflexion et la production artistique. La restitution de la résidence artistique a été proposée sous la forme d’un parcours de découverte entre la maille Jacqueline et la maille Brigitte.

Les bavardages du béton

Les Trames Ordinaires est un studio de graphisme composé de deux graphistes indépendants, Gwendoline Dulat et Florent Vicente.

Les deux artistes vivent sur Strasbourg et ont installé leur atelier mobile dans les locaux de La Semencerie, provisoirement La Moquetterie.

Leurs productions explorent le signe et la typographie à travers des identités visuelles ou des objets imprimés (affiche, dépliant, livre, catalogue). Ils travaillent également leur mise en espace – espace public, signalétiques, scénographie – ou leur manipulation par la création d’outils pédagogiques ou ludiques.

Après avoir créé la typographie Yum-Yum qui a servi à composer les journaux – et qui est restée la typographie d’Horizome –, trois actions ont été menées dans le quartier dans le cadre des « Bavardages du béton ».

Aménageons la place Érasme : depuis 2012, les collectifs Horizome et Délits d’archi mènent un projet d’aménagement urbain participatif et ouvert, au cœur de la maille Éléonore. Trois journaux – Eley Parc, Le Projet, Après ? – ont été réalisés avec les habitant·es. Composés de photographies, de textes descriptifs, de poèmes, de citations de chantiers et de dessins, ils témoignent du temps de construction.

Allô ma maille ? Dans les années 70, quand Pierre Vivien réalise les plans du quartier Hautepierre, il baptise chaque maille d’un prénom féminin. Ouvrant la possibilité de s’adresser directement à leur quartier, 5 lignes téléphoniques au nom de Brigitte, Catherine, Éléonore, Jaqueline et Karine ont été mises en place. Une cabine téléphonique mobile a également été construite et s’est déplacée dans l’espace public. Les messages récoltés ont ensuite été retranscrits et affichés en grand sur les murs de Hautepierre.

T’es de Haupierre si… Inspiré du groupe Facebook éponyme, ce journal propose un portrait du quartier vu par les habitant·es. Deux ateliers d’écriture ont été menés auprès d’enfants, puis un appel à participation a été lancé sur internet pour récolter les textes. Ayant choisi une place centrale pour réaliser le journal –en face du Auchan –, c’est également pendant le temps de réalisation que de nombreuses personnes sont venues lire les phrases et en proposer de nouvelles.
Triptyque résidence
Triptyque resid (1)
Triptyque resid

Androa Mindre Kolo

« Androa Mindre Kolo, je suis né en 1983 à Aru au Congo. J’étudie l’architecture d’intérieur et sors diplômé de l’ENSAD de Strasbourg grâce à un partenariat entre cette école et l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa. En 2005, à l’occasion d’un atelier organisé et animé par des enseignants de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg à Kinshasa, je m’affirme comme performeur, et on m’intègre par la suite dans l’aventure des Scénographies Urbaines. Ma pratique artistique ne se résume pas à un matériau ou à une technique ni même un objectif particuliers. Mon outil principal est mon propre corps, que je mets en scène selon ce que je perçois de mon entourage, sans autre objectif que de transcender les apparences, de cristalliser symboliquement les rapports de force et les tensions, d’y apporter une forme de poésie. Dans le même état d’esprit, je détourne les objets, je mets en avant les rebuts, tout ce qu’on abandonne, dont on ne veut plus. »

La première intervention de la résidence d’Androa Mindre Kolo fut une série de performances sur la place Érasme, sur le thème de l’appropriation des jardins partagés par les habitant·es : la transformation du quartier et la redéfinition des espaces verts. Dans son costume d’oiseau géant de toutes les couleurs, il a participé à l’arrosage et l’entretien des premières plantations avec les habitants du quartier. Un autre jour, il s’est transformé en plante : littéralement planté dans un bac jusqu’à mi-mollet, la tête cachée par un grand masque de fleurs multicolores, il a proposé aux habitant·es de l’aider à pousser en l’arrosant.

Lors d’un événement de quartier, il a voulu expérimenter l’utilisation du micro et de la caméra avec les enfants. Il leur a proposé de faire et de filmer des interviews en questionnant le quartier, leur environnement quotidien. Puis il a fait une performance devant le chantier de la mosquée de Hautepierre. Cette performance  consistait à fabriquer une maquette imaginaire avec des éléments de récupération.

L’hôpital de Hautepierre est également un lieu très fort du quartier. Pour rendre hommage aux patient·es hospitalisé·es, visiteur·euses ou personnel, Androa Mindre Kolo s’est transformé en bouquet de fleurs. Androa a aussi participé à une distribution de dons de la banque alimentaire avec l’association Bana Congo dont il a rencontré le président avec qui il a enregistré une interview.

Tous ces éléments ont généré un dispositif multimédia, fabriqué avec des matériaux de chantier, qui retranscrit à travers les films et photos de ses performances ce qu’il a perçu du rapport de la banlieue à la ville, des problèmes qui traversent le quartier et ses habitants et de la vitalité qu’ils déploient pour y apporter des solutions.

Tryptique

Après avoir fait ses premières expériences en travaillant en tant que technicienne dans le cinéma d’animation, Rossella Piccinno débute dans la mise en scène en 2005. Elle réalis en 2009 le documentaire plusieurs fois primé Hanna et Violka.

Son travail explore les identités culturelles, les problèmes liés à la discrimination ou les conflits liés au pouvoir et aux jeux de rôle dans la famille comme dans les communautés. Elle travaille souvent sur la mémoire, individuelle et collective, et sur la relation qu’on développe avec le passé. Son approche reste liée à l’observation directe et ethnographique.

Le projet s’est articulé autour d’un triptyque. 

Visites inattendues

La protagoniste de ces photos nocturnes représente un écho de la première résidente du quartier, à son ouverture dans les années 70. Cette femme, probablement l’épouse d’un fonctionnaire de la classe moyenne, a vécu pleinement les promesses optimistes qui voyaient Hautepierre comme « une ville satellite pleine de services », et comme « une oasis de paix et de sécurité. »

Cette présence évanescente, suspendue entre la réalité historique et l’idéal, revient en visite pour un état des lieux : qu’est ce qu’elle trouve ? Quelles émotions animent ce retour ?

Sur les traces de ces « visites inattendues », les spectateurs sont invités à la découverte d’un paysage urbain insolite, où plusieurs dimensions se mêlent.

There/here evidences of proximity

Vidéo en diptyque de Rossella Piccinno, produite par Horizome, full HD, 26’37”, France 2012.

Images des bâtiments de Hautepierre prises par les toits et scènes de vie quotidienne partagée par ses habitant·es. Distances du regard qui se comparent. 

Cette œuvre propose un exercice du regard, et est un témoignage de la manière dont on peut observer une réalité, comme celle de Hautepierre, en fonction du point de vue. La vidéo se présente sous forme de diptyque, qui offre un contrepoint visuel entre l’espace statique des bâtiments et le tissu humain dynamique. Des champs larges, anonymes, filmés par le haut, regardent des figures humaines dans la distance, « en laissant l’homme se composer (non) composable dans le paysage qu’il a composé » (A. Marziano). 

67 Being Inside

Exposition dans l’espace public de photos réalisées par des habitant·es et interviews vidéos sur certaines images.

Portraits sonores parlés des habitant·es de Hautepierre

Zahra Poonawala a été formée dans le groupe de travail Hors Formats à l’école supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle interroge la naissance de l’harmonie, cette étincelle qui fait qu’un son devient l’objet d’une expérience spatiale, avec sa densité, sa présence, ou son absence. Elle met  en scène des procédés qui  se complètent au fil des œuvres de vidéo (Bouquet Final, 2005, Symphonie Inouïe 2011), performances musicales (Quatuor pour Violoncelle Seul, 2008), scénographie (Nuages Insolubles, 2009), projets audiovisuels (Public Address System, 2009), et installations sonores (L’orchestre décomposé, 2007, Le Repos du Crieur Public, 2011).

« J'ai élaboré depuis plusieurs années maintenant un travail autour du son et de l'espace public. Il s'agit d'un travail qui consiste à sortir le son de son contexte et à le reporter dans d'autres environnements, soit par le biais d'une interface utilisant internet, soit par le biais d'installations sonores. Ces installations utilisent souvent des équipements de diffusion du son dans l'espace public (haut-parleurs, projecteurs sonores...) en extérieur, que je ramène à l'espace intérieur. Mon intention pour Hautepierre est de réaliser une installation sonore dans un lieu public à définir, avec des sons basés sur les enregistrements d'entretiens anthropologiques en archive à Horizome, sur les notions de relation au territoire et des enjeux de mouvements du paysage actuel à Hautepierre. L'idée est de diffuser dans les endroits mêmes qui sont en mouvement des compositions sonores et musicales basées sur les paroles des habitants de ces quartiers. Ces extraits seraient aussi utilisés pour créer des nouvelles compositions sonores, mêlant les voix des entretiens avec des morceaux musicaux créés par des jeunes de Hautepierre, de manière à ce que la voix se confonde avec les sons joués par des musiciens amateurs ou novices. »

Nom de la résidence

Freddy Tsimba est sculpteur et plasticien. Né en 1967, en plein cœur de Kinshasa, il y travaille toujours.  Depuis sa médaille d’argent aux 4e jeux de la francophonie à Ottawa en 2001, il circule à travers le monde pour présenter son travail. Il est notamment l’auteur de la sculpture emblématique de Matonge à Bruxelles. Sculptant l’histoire de son pays, il réalise des sculptures à figures humaines ou singesques, des corps de réfugiés, d’exilés, de combattants, de femmes enceintes avec des matériaux de récupération tels que des douilles ou des couverts en métal. Les traversées périlleuses de son pays jusqu’aux zones de combat à la recherche de douilles, la collecte quotidienne de mauvais couverts en métal dans les rues de Kinshasa font partie intégrante de sa démarche artistique. C’est là qu’il récolte les histoires de ses concitoyens et qu’il écrit les mémoires de sa République Démocratique du Congo.

La résidence de Freddy Tsimba prend appui sur les transformations du quartier alors en pleine rénovation, pour développer un travail de sculpture à partir de matériaux récupérés lors des démolitions – boîtes aux lettres, fragments d’ascenseurs, éléments métalliques. De ces rebuts, l’artiste compose une figure humaine qui porte en elle les traces et les mémoires d’un lieu en mutation. À travers cette présence, il donne forme à des récits invisibles et interroge la disparition autant que la reconstruction. 

La résidence s’achève toutefois brutalement : à la suite d’une confusion sur la durée de validité de son visa, l’artiste est arrêté à son arrivée à Bruxelles, placé plusieurs jours en centre fermé puis contraint au rapatriement vers Kinshasa, ce qui l’empêche d’assister à l’exposition finale de son travail. 

Rêves éveillés, une signalétique poétique et participative pour Hautepierre

« Excluant la répétition, Allison Daumain interroge de fait le statut de ces images gravées ou sérigraphiées et, à travers elles, celui de toutes les images qui sont potentiellement à la source de ces représentations. Peu nous importe de savoir ce qu’elles sont "à l’origine" puisque ce qui compte est que leur transformation ou leur matérialisation par l’impression et l’estampe aboutissent à la création d’œuvres originales et définitives, points d’arrivée d’un processus qui n’à pas besoin d’être dévoilé. La frontalité des éléments plastiques fondamentaux (composition centrée ou symétriques, couleurs pures, texture lisse…) et le minimalisme assumé de leur présentation rapprochent ces productions de celles décrites par Jean Dubuffet »

Les images, entre formes normalisées de représentations et échappées imaginaires, font basculer dans le rêve. En déplaçant le point de vue sur son quotidien, on modifie sensiblement celui-ci. Grâce à l’insertion d’un nouveau langage visuel, une autre lecture de l’environnement dans lequel il s’inscrit. Cela a créé des passerelles temporaires et locales entre le vécu et le perçu, entre la réalité et le rêve.

Profitant de la « tournée des mailles » et de ces instants de rencontre et de partage, Allison a proposé aux enfants un atelier autour de la création d’une signalétique imaginaire pour leur quartier. Et ainsi susciter une relation nouvelle à l’espace, réfléchir au futur du quartier, y projeter leurs attentes, leurs rêves… Interroger les utilisations usuelles de l’espace urbain et de leurs logiques.

Les enfants se sont emparé du langage et des formes en usage dans l’espace public (panneaux directionnels, d’interdiction, d’obligation, etc.). Les loisirs, le jeu, voire la farce et l’absurde ont été les principales réponses. Les idées et les dessins ont ensuite été triés, sélectionnés, puis « synthétisés » en saynètes poétiques et pictogrammes.

Quelques exemples de panneaux imaginés puis imprimés ensuite en sérigraphie : le « Distributeur de bonbons » de Firat, « Attention, passage de nuages » de Nawal, « Ici, fête foraine » d’Ilias ou encore « Territoire de bataille de d’eau » de Cédric…. Allison a ensuite installé les panneaux dans tout le quartier. Dans une logique de prolifération et d’invasion, ils ont été plantés au cœur des mailles dans ces contre-espaces propres aux enfants que sont les bosquets, les espaces de jeux, mais aussi dans ces excroissances urbaines que sont les bacs bétonnés. Ces panneaux introduisent des signes perturbateurs dans la lecture quotidienne de l’espace par les habitant·es.

Design sans titre

Art et anthropologie : devenir Hautepierroise

Marguerite Bobey vit et travaille dans la forêt jurassienne française. Elle pratique la performance depuis 2003. Elle utilise et mixe différents médias, poésie, vidéo, danse, musique improvisée, arts numériques…

À la recherche de métissages, elle a travaillé dans des quartiers populaires, en milieu rural, en Afrique, Chine et Amérique latine.

Dans ses recherches transdisciplinaires, elle a collaboré avec des agriculteurs, anthropologues, cheerleaders, architectes, théologiens, urbanistes, forestiers, rappeurs, shamans… Son propos est de faire de la poésie, de la poésie en action. Elle s’intéresse au documentaire, la poésie du quotidien et utilise à ces fins les outils de l’anthropologie.

La résidence de Marguerite Bobey a pris deux directions : la conception artistique du projet et la résidence en tant que telle. Marguerite Bobey a fait partie de ces habitant·es-militant·es qui suivent les temps forts du quartier (Fête du quartier, l’été, journée de la jeunesse, automne, fête de noël, carnaval, l’hiver…), les rencontres institutionnelles, les réunions de quartier où l’on (s’)écoute, participe et propose des actions. Pendant un an, l’artiste a filmé ces rencontres, récolté la matière première qui lui a permis d’entreprendre un travail de fond, de création vidéo pour les 40 ans de Hautepierre.

Son rôle hybride a été celui de l’entre-deux : à la fois au contact des Hautepierrois·es en tant qu’habitante et au contact des structures du quartier, en tant que voisine, membre de l’association Horizome pour le développement artistique et vidéaste- performeuse dans le quartier.

STUDIO D'ENREGISTREMENT LA RUCHE

Le studio d’enregistrement La Ruche, implanté dans le quartier de Hautepierre, est  pensé comme un lieu d’accès libre à la création sonore. Il permet aux jeunes artistes amateur·ices du quartier et plus largement des quartiers ouest de Strasbourg de s’initier à l’enregistrement, au rap et à la production musicale. 

Le studio est animé par des acteurs issus du territoire, dont Khalil Chaieb, médiateur socio-culturel d’Horizome et jeune professionnel de Hautepierre, qui accompagne les artistes dans leurs premiers pas en studio. La Ruche fonctionne comme un véritable laboratoire d’expression.

Lieu de transmission et d’expérimentation, il a déjà permis à de nombreux·ses jeunes artistes de réaliser leurs premiers projets musicaux, souvent dans le cadre d’ateliers réguliers ou de d’accompagnements de long terme. Au-delà de la technique, La Ruche joue ainsi un rôle social fort : offrir un espace d’écoute, de confiance et de professionnalisation pour des artistes souvent éloigné·es des circuits traditionnels. Le studio La Ruche s’impose comme un point d’ancrage culturel, où la création musicale devient un outil d’émancipation et de valorisation des voix des quartiers populaires. 

HTP RADIO

La radio de la débrouille

HTP radio est un programme d’ensemble évolutif dont le but est de transformer les images sur le quartier de manière collective, avec, par et pour les habitant·es. Dans une ambiance générale de défiance des médias traditionnels, la possibilité d’une prise de parole critique et alternative par la narration radiophonique (fictions, interviews, productions musicales, documentaires, balades sonores…) nous permet de nous saisir d’enjeux civiques et politiques et d’engager un débat plus proche des réalités du quartier de Hautepierre.

Il s’agit plus concrètement de mettre en débat le médium, développer l’esprit critique et ainsi prendre conscience d’une nécessaire remise en question des sources trouvées sur le web. Cette démarche permet de conscientiser les jeux de manipulation qui peuvent graviter autour de l’information, et ainsi apporter d’autres points de vue sur le monde qui nous entoure. Afin d’y parvenir, nous avons fait le choix de relier des pratiques journalistiques, artistiques et scientifiques.