Agriculture urbaine
Les agricultures urbaines invitent à repenser la ville comme un espace vivant à cultiver collectivement. Bien plus que de simples enjeux nourriciers, ces initiatives ouvrent aussi à des enjeux d’alimentation et de transmission, en favorisant des pratiques plus locales, accessibles et populaire, à travers le partage de savoirs et l’apprentissage entre pair·es.
Cultiver
Multiple et mouvant
« [L'agriculture urbaine] possède presque autant de définitions que de personnes qui la pratiquent ou l’étudient »
Christine Aubry
À Hautepierre et ailleurs, nous abordons l’agriculture urbaine comme une pratique vivante, située, qui relie la ville à ce qui la nourrit, la traverse et la transforme. Cette agriculture ne se limite pas à produire : elle tisse des liens entre les voisin·es (humain·es et non humain·es), les usages et les savoirs.
Nos projets d’agriculture urbaine prennent des formes multiples et complémentaires : jardins partagés, apiculture urbaine, transformation alimentaire, ateliers de cuisine ou encore végétalisation du cadre de vie.
Les espaces ne sont pas seulement productifs. Ils sont politiques, pédagogiques, sensibles. Ils ouvrent des lieux de reprise en main, où l’on réapprend à faire, à comprendre, à transformer ce que l’on consomme et ce que l’on partage. Dans ces lieux, on transmet des gestes autant que des récits.
JARDINS PARTAGÉS
À Hautepierre, nous accompagnons deux jardins partagés : le jardin du monde et le jardin du coin. À travers une démarche de co-conception, de co-construction et de concertation (TRI-CO, la méthodologie que nous avons théorisée en 2017), nous travaillons avec les jardinier·es pour faire évoluer ces espaces selon leurs envies et leurs besoins.
Nous partageons l’idée que l’écologie ne peut pas se construire sans celles et ceux qui la vivent au quotidien. Elle ne se transmet pas de manière descendante mais se co-construit avec les voisin·es, à partir des savoirs, des expériences et des récits.
Nous refusons une approche qui consisterait à « sensibiliser ». Car derrière ce terme se cache souvent une forme d’imposition de normes déconnectées des expériences. À l’inverse, nous défendons une écologie située, plurielle, où chacun·e peut participer à définir ce que signifie habiter, cultiver, prendre soin de son environnement.
L’accompagnement des jardins est à la fois technique et humain. Il s’agit de soutenir les usages (gestion des déchets, entretien et aménagement des espaces), de proposer des temps collectif (jardinage, production alimentaire), mais aussi de valoriser les savoir-faire déjà présents. Car ces jardins sont riches de connaissances, souvent invisibilisées, qu’il est essentiel de reconnaître et de partager.
Les jardins deviennent ainsi des lieux de ressources ouverts, où se tissent des liens, où se croisent les cultures, les générations, les histoires. Des espaces où l’on apprend autant que l’on transmet, où l’on cultive autant des légumes que des relations.
Espaces de convivialité, ils accueillent aussi des repas de quartier, des ateliers, des visites de jardin, des expositions. Ils sont le point de départ de dynamiques collectives et de collaborations avec les acteur·rices du territoire. À travers ces jardins, nous cherchons à faire émerger une écologie du faire ensemble, ancrée dans les solidarités locales et les richesses multiculturelles du quartier.
« Lutter contre la dépossession écologique des classes populaires, qui de leur point de vue relève sans doute plus d’une confiscation, ne consiste donc pas à les aider à mieux s’approprier les refrains écologistes dominants en les "sensibilisant" davantage ou bien en formulant différemment le même message pour qu’il « passe mieux » ; mais cela suppose plus certainement de créer les conditions sociales de leur participation à la définition et à la légitimation de visions alternatives des enjeux environnementaux ».
Jean-Baptiste Comby










ACTIONS PÉDAGOGIQUES ET ARTISTIQUES
Dans les jardins partagés de Hautepierre, nous défendons une écologie concrète, ancrée dans le quotidien, qui se vit et se partage. Nos actions pédagogiques s’inscrivent dans cette volonté : faire de l’éducation à l’environnement un levier d’émancipation, à travers des pratiques artistiques, collectives et accessibles.
Les enfants y occupent une place centrale. En s’appropriant ces espaces et ces pratiques, ils contribuent à diffuser des pratiques, faisant circuler les savoirs et les envies d’agir au-delà du jardin.
Pour soutenir cette dynamique, des espaces pédagogiques ont été aménagés, et des ateliers créatifs sont proposés autour d’enjeux essentiels : biodiversité, gestion des déchets, gaspillage alimentaire, eau, faune et flore.
En 2025, nous avons conçu des paravents végétaux en tatakizomé, une technique japonaise d’impression par frappage des plantes. Pendant plusieurs semaines, les enfants ont récolté des végétaux dans le jardin, imprimé leurs couleurs et leurs formes sur du tissu, puis assemblé ces toiles sur de grandes structures en bambou. Installés dans le jardin, ces paravents créent de nouveaux espaces ombragés, redessinent les circulations et transforment le jardin en un lieu d’exposition à ciel ouvert, où les plantes deviennent à la fois matière première, sujet d’observation et support de création.
D’autres ateliers prolongent cette approche sensible : ateliers autour de la confection de bombes à graines, la mise en place de semis, de récoltes collectives, de bouturage, de découverte de la biodiversité. Chaque activité est l’occasion de parler des saisons, des pollinisateurs, de la protection des sols, toujours à partir de ce que les participant·es vivent et observent sur place.
Nous faisons le choix d’une approche sensible et artistique. Parce que créer, imaginer, ressentir, ce sont aussi des manières de s’engager. À travers des récits, des gestes, des expériences collectives, chacun·e peut se reconnecter au vivant et trouver sa place dans les transitions à venir. À travers des histoires de jardins, des récits de plantations, des gestes, des expériences collectives ou des imaginaires liés au vivant, chacun·e peut expérimenter et s’approprier ces sujets à son rythme. Ces actions participent à faire émerger une écologie du faire ensemble, inclusive et intergénérationnelle.
LA TABLÉE DE QUARTIER
À Hautepierre, nous revendiquons une alimentation comme un droit, un commun, et un terrain d’émancipation. Au sein de notre tiers-lieu le rucher HTP, nous avons ouvert un espace dédié à la transformation alimentaire, la tablée de quartier.
Pendant plusieurs années, l’artisane et boulangère Léonie Durr y a animé des ateliers de boulangerie. Les participant·es y découvraient les différentes farines, apprenaient à pétrir, à travailler un levain, à façonner des pains ou des brioches, à réaliser sa propre pâte feuilletée, avant de partager le fruit de leur travail autour de la tablée. Plus qu’un atelier de cuisine, ces rendez-vous sont des moments de transmission où chacun·e peut reprendre confiance en ses capacités et repartir avec des gestes simples à reproduire chez soi. Aujourd’hui, Léonie est partie vers de nouveaux horizons et nous recherchons un·e boulanger·e pour poursuivre cette belle aventure.
Les ateliers animés par l’association Les Retoqués prolongent cette dynamique autour de la cuisine anti-gaspillage et de la conservation alimentaire. À partir de fruits et légumes de saison, parfois trop mûrs ou déclassés, les participant·es apprennent à réaliser des bocaux, des chutneys, des pickles, des confitures ou encore des recettes simples qui permettent de limiter le gaspillage alimentaire. Chaque atelier est aussi l’occasion d’échanger des recettes, des astuces et des souvenirs autour de la cuisine.
Des formats sont également pensés pour les enfants et les familles. Préparer une recette ensemble, éplucher des légumes, pétrir une pâte ou remplir un bocal deviennent des prétextes pour partager un moment entre parents et enfants, rencontrer d’autres familles du quartier et créer des liens dans une ambiance conviviale et bienveillante.
LES HTPCULTEUR·ICES SUR LES TOITS DU QUARTIER
Avec le projet HTPculteur·ices, l’apiculture urbaine s’ancre dans le quartier comme une pratique collective, accessible et liée aux voisin·es. Ici, on n’observe pas la nature de loin. Les ruches sont installées sur les toits de la Maille Catherine, juste au-dessus du Jardin du coin. Les ruches participent comme un maillon visible à l’écosystème local où voisin·es humain·es et non humain·es se complètent.
Depuis 2019, l’apiculteur Lorenzo Altese d’Apila l’Abeille accompagne un groupe tout au long de l’année. À ses côtés, les participant·es découvrent progressivement le fonctionnement d’une colonie, apprennent à manipuler les cadres, à reconnaître les différents stades de développement des abeilles, à suivre la santé des ruches et, lorsque la saison le permet, à récolter le miel. Lorenzo transmet autant des savoir-faire techniques qu’une manière d’observer le vivant, en prenant le temps de comprendre les équilibres qui font vivre une ruche.
Au fil des saisons, les participant·es suivent également les grandes étapes de la vie d’une colonie. Le printemps est marqué par l’essaimage, un moment spectaculaire où une partie des abeilles quitte la ruche avec l’ancienne reine pour fonder une nouvelle colonie, tandis qu’une jeune reine prend sa place. Observer ce phénomène, comprendre pourquoi il se produit et parfois accompagner la création d’une nouvelle ruche permet de saisir toute la vitalité et la complexité de ces sociétés d’insectes.
Pour certain·es, l’apiculture réveille des souvenirs, des pratiques déjà connues ou transmises par leur parent ou grand-parent, parfois dans leur pays d’origine. Pour d’autres, c’est une première découverte. Mais très vite, les savoirs circulent, se croisent, se partagent. Le projet devient un espace où les expériences se rencontrent et se valorisent.
Au fil des années, le projet a grandi. Des premières ruches installées, il s’est construit un véritable groupe d’HTPculteur·ices, impliqué·es, curieux·ses, engagé·es. Et puis il y a cette fierté. Celle de produire son propre miel, ici, dans son quartier. De voir le chemin parcouru : de la ruche au pot. Un miel local, qui raconte une histoire.
ELEY À NOUS !
Dans le cadre du renouvellement urbain de la maille Éléonore à Hautepierre, le projet Eley à nous met en œuvre une démarche d’AMU portée par Horizome aux côtés d’une équipe de maîtrise d’ouvrage portée par EnerD2, pour le bailleur social Ophéa. Cette intervention accompagne la transformation du quartier en plaçant les habitant·es au cœur de la réflexion sur les usages futurs des pieds d’immeuble dans les îlots, l’installation de jardins conviviaux, la fabrication de petits éléments au jardin et le développement d’une proposition artistique dans les jardins.
À travers des temps de présence, d’échanges et d’observation fine des pratiques quotidiennes, il s’agit de faire émerger une compréhension partagée des besoins, des attachements et des usages réels du quartier. La démarche vise à relier les intentions architecturales et techniques du projet de rénovation aux réalités vécues, en intégrant la parole et l’expérience des habitant·es dans les processus de transformation.
Dans un contexte de profondes mutations urbaines, « Eley à nous » agit comme un espace de médiation et de co-construction, où les futurs usages ne sont pas uniquement prescrits mais discutés, ajustés et imaginés collectivement. Cette approche contribue à faire du renouvellement urbain un processus habité, ancré dans les pratiques et les vies quotidiennes du quartier.
LES VERGERS À REICHSTETT
À Reichstett, dans le cadre du projet immobilier Les Vergers, porté par le promoteur Axcess Promotion, nous avons accompagné pendant trois ans, de 2024 à 2026, une dynamique habitante en collaboration avec l’association Ré-Habiter (anciennement Éco-Quartier Strasbourg). Le projet s’est construit progressivement, au rythme des rencontres, des discussions, des idées et des envies des habitant·es.
Au départ, il a surtout fallu créer du lien. Se rencontrer entre voisin·es, apprendre à se connaître, imaginer ensemble ce que pourraient devenir les espaces communs, et commencer à faire émerger une dynamique collective.
Petit à petit, les habitant·es se sont approprié le projet. Les échanges ont permis de réfléchir ensemble au futur potager partagé : comment l’organiser, comment se répartir les usages, comment faire vivre cet espace au quotidien. Des discussions se sont également ouvertes autour d’une salle commune et de ses possibles usages.
Puis sont venus les premiers chantiers collectifs. Une clôture a été installée pour sécuriser le jardin, les premières parcelles ont été dessinées, et les habitant·es ont commencé à mettre concrètement les mains dans le projet. Puis une arche, construite collectivement, est venue marquer l’entrée du potager et donner une identité au lieu.
En parallèle, des outils d’organisation et de communication se sont progressivement mis en place afin de permettre au collectif de fonctionner de manière plus autonome et fluide.
Au fil du temps, le jardin s’est transformé en un espace commun qui s’est construit, ajusté et développé avec celles et ceux qui l’habitent. Une manière concrète d’apprendre à faire ensemble, à partager un lieu, des décisions et des usages.